Journées d’études organisée par la revue Passés Futurs et le Fonds Ricœur

29 mars après midi et 30 matin 2019

EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006 (salle 4)

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Après Nietzsche, la conscience historique a été ressentie comme une « fièvre », une entrave à la compréhension profonde de l’expérience humaine, à son appropriation présente. Paul Valéry, Virginia Woolf, Italo Svevo, partageaient le sentiment exprimé par Stephen Dedalus dans l’Ulysse : l’histoire est un cauchemar à oublier. En revanche, aujourd’hui, de nombreux romanciers et artistes se proposent comme les véritables médiateurs du passé. Ils le « cherchent », et certains d’entre eux visent à combler les failles de l’histoire, d’autant plus que les sujets historiques traités sont imprégnés de questions métahistoriques, comme l’expérience du temps, les temporalités régressives et asynchrones.

Le rapprochement est encore plus poussé lorsque les artistes se plongent dans les archives, ou entreprennent des opérations de « re-enactment », comme pour prouver le caractère ouvert et non définitif du passé, ou encore lorsque les frontières entre le documentaire et la fiction s’avèrent plus poreuses que jamais. Les historiens, de leur côté, ont remis en discussion le « noble rêve de l’objectivité » et leurs dispositifs de représentance, et sont devenus plus sensibles à la question de l’imagination-pour-le réel du passé. Bref le grand partage entre un passé plastique, ouvert à tous les ordres du temps, et un passé révolu et définitif, se retrouve plein de brèches. Pour autant, ces passages ne relèvent pas d’une résolution dialectique des anciens conflits, ni d’une coexistence irénique. Il y a toujours un risque d’esthétisation de l’histoire au détriment des faits. Il y a aussi l’ambivalence de la fiction, lorsqu’elle prétend faire parler les disparus.

A travers la diversité des œuvres et des cas qu’il s’agira de traiter, nous chercherons à décrire et comprendre plusieurs configurations possibles des usages de l’histoire par les artistes, depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, époque où l’art contemporain semble à nouveau imprégné d’une certaine « urgence de l’histoire ».

 

Programme 

Après-midi (14h-17h30 avec une pause café)

Sabina Loriga, « Présentation de la journée »

Judith Lyon-Caen (Ehess), « Poésie des camps, savoirs situés »

Jean-Michel Rey (Université de Paris 8), « Le Moïse allemand de Thomas Mann »

Cloé Drieu (Cnrs/Ehess), « « Les cinéastes font de l’histoire, les historiens de la fiction » : le cas de Suleiman Khojaev dans l’Ouzbékistan des années 1930 »

Discutant : Olivier Abel

 

Matin (9h-12h30 avec une pause café)

Monica Martinat (Université Lumière Lyon-2), « Produire de l’empathie ou de la distance ? Réflexions sur le cinéma et l’histoire à partir de quelques films d’auteur »

Philippe Roussin (Cnrs/Ehess), « Céline après 1944 et en 2018 »

Agnès Delage (Université d’Aix-Marseille), « Le « roman historien » : de la révision au révisionnisme. Note sur la réception de Javier Cercas en France »

Discutant : Antoine Lilti

 


 

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