Atelier organisé par la revue Passés Futurs

Vendredi 7 décembre 2018

EHESS, 54 bd Raspail

(salle AS1_24 de 9h.30 à 13 h et la salle AS1_23 de 13 h à 18 h)

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[Moulages faciaux de Lidio Cipriani, 1927-30]

Dans cet atelier, nous proposons de réfléchir à une catégorie particulière de musée, le musée d’anthropologie, dans son rapport à l’histoire et à ses usages publics. Nous souhaitons en particulier examiner la question qui a été au centre de nombreuses polémiques ces dernières années : celle de l’exposition de l’humanité. Où et comment l’humanité a-t-elle été et continue-t-elle à être exposée ? De quelles manières squelettes, crânes, corps embaumés, photographies, moulages et autres artefacts ont-ils été et sont-ils utilisés pour rendre compte de la diversité humaine ? Le musée anthropologique est-il un lieu de renforcement des expressions des différences ? Quels ont été et sont les procédés techniques utilisés pour les faire apparaître ? Comment sont-elles érigées en objets (légitimes) de connaissance et de savoir ? Comment les populations représentées ont-elles été engagées dans les mises en scène de leurs représentations ? Et quelles questions les « collections sensibles » des espaces muséaux posent-elles aujourd’hui aux sciences sociales ?

Depuis les années 1980, la légitimité de collectionner ou de montrer les « différentes humanités » fait débat, du point de vue du droit international, mais aussi dans une opinion publique de plus en plus sensible à ces questions. Les musées ont du reste commencé à changer leur façon d’exposer, mais la question n’en demeure pas moins ouverte : est-il encore possible d’exposer des restes humains ? Comment gérer les demandes croissantes de restitutions ? À qui revient-il de juger et de trancher ces questions ?

Au carrefour de l’histoire de l’anthropologie, de la muséographie, de l’esthétique, de l’histoire de l’art, ainsi que des questions raciales et politiques, cet atelier se focalise sur l’exposition de l’humanité dans des contextes situés et spécifiques. Sans prétention à une quelconque exhaustivité sur de telles interrogations, on propose de les aborder à travers le choix de quelques musées anthropologiques en Italie, en France, au Japon, au Mexique et en Argentine.

Il s’agit d’un atelier préparatoire à la publication d’un numéro monographique de la revue Passés Futurs. Les textes seront diffusés parmi les participants avant la rencontre ; ils ne feront pas l’objet d’une présentation intégrale, mais ils seront soumis à la discussion.

Pour y participer l’inscription est obligatoire jusqu’à l’épuisement des places disponibles.

 


Programme

 

9h.30-9h.45 : Silvia Sebastiani (EHESS), Introduction à l’Atelier

9h.45-10h.40 : Anne Lafont (EHESS), Des hommes dans un musée ? Processus d’objectification du corps humain autour de 1800

10h.40-11h.25 : Irina Podgorny (Museo de La Plata/CONICET), Instrucciones para visitar la sala antropológica del Museo de La Plata

11h.25-11h.45 : pause-café

11h.45-12h.30 : Alice Berthon (Université de Grenoble), Lorsque l’amnésie touche les musées d’ethnologie : le cas du Musée national d’ethnologie au Japon

12h.30-14h : déjeuner

14h-14h.45 : Lucia Piccioni (Musée du Quai Branly), Moulages faciaux du Musée nationale d’anthropologie et d’ethnologie de Florence 

14h.45-15h.30 : Maddalena Carli (Université de Teramo), Patrimonialiser la déviance. Aménagements et usages politiques autour du Musée d’anthropologie criminelle Cesare Lombroso (1876-2011)

15h.30-16h : Discussion du texte écrit par Silvano Montaldo (Université de Turin et directeur du Musée Lombroso), Le mythe lombrosien, aujourd’hui

16h-16h.20 : pause-café

16h.20-16h.50 : Discussion du texte écrit par Johannes Neurath (UNAM, Mexico), El Museo Nacional de Antropología: templo de la nación, santuario de los wixaritari

16h.50-18h : Discussion générale

Avec la participation comme discutants de Pietro Corsi (EHESS), Rafael Mandressi (CNRS/EHESS), Elodie Richard (CNRS/EHESS), et de la rédaction de la revue Passés Futurs


 Abstracts

 

Silvano Montaldo (Université de Turin, directeur du Musée Lombroso, silvano.montaldo@unito.it)

Le mythe lombrosien, aujourd’hui

Dans cette intervention j’essaierai en premier lieu de donner une idée de l’influence que Cesare Lombroso a exercée sur la culture italienne de la fin du XIXème siècle, pour expliquer les raisons de la forte exposition publique de ce savant. J’aborderai ensuite les principales critiques adressées à Lombroso dans le discours public, c’est-à-dire le milieu catholique et le milieu idéaliste, à l’époque de sa disparition, le milieu fasciste, qui frappa ses plus étroits collaborateurs, et le milieu gramscien. La troisième partie de mon intervention sera consacrée au second après-guerre, aux célébrations du premier cinquantenaire de la mort de Lombroso et à l’utilisation du personnage dans le cadre de la critique des institutions psychiatriques et de la science bourgeoise, comme exemple de dispositif idéologique.

Aujourd’hui la figure de Lombroso n’a pas encore été consignée à l’histoire et suscite toujours de grandes passions : en 2009, lorsque l’université de Turin a ouvert au public le Musée d’anthropologie criminelle, où sont exposées les collections réunies par Lombroso et ses admirateurs, il y eut un mouvement de protestation demandant sa fermeture, en rappelant que Lombroso avait été la cause des préjugés racistes des Italiens du Nord contre les Italiens du Sud. Une condamnation qui est refusée par les neuroscientifiques, notamment par ceux qui s’occupent de comportement criminel, désireux de trouver en lui le noble père des recherches sur l’esprit déviant.

 

Maddalena Carli (Université de Teramo, madcarli@gmail.com)

Patrimonialiser la déviance. Aménagements et usages politiques autour du Musée d’anthropologie criminelle Cesare Lombroso (1876-2011)

L’histoire du Musée d’anthropologie criminelle de l’Université de Turin, tout comme celle de Cesare Lombroso lui-même, fut émaillée de périodes d’expansion rapide et de visibilité publique prolongée et de périodes d’abandon et d’oubli, liées d’une part à la fortune versatile de son fondateur [voir la contribution de Silvano Montaldo] et d’autre part aux réactions que suscitèrent au fil du temps les objets conservés par le musée : crânes et squelettes ; masques mortuaires ; moulages ‘spirites’ ; artefacts de détenus et de fous ; tatouages (pas seulement leur reproduction) ; instruments médicaux et scientifiques ; dispositifs de punition.

Résultat du processus d’institutionnalisation de la collection privée du médecin de Vérone, le musée Lombroso atteignit le sommet de sa fortune entre la dernière décennie du XIXe siècle, lorsqu’il acquit le statut de collection universitaire, et l’année 1932, lorsque le successeur et beau-fils de Lombroso, Mario Carrara, fut expulsé de l’université pour son refus de prêter le serment de loyauté au régime de Benito Mussolini. Durant les vingt ans que dura le régime fasciste, le musée connut une marginalisation progressive, en raison des critiques grandissantes contre le positivisme, de la foi socialiste de Lombroso et de ses origines hébraïques, qui intensifièrent l’hostilité à l’égard des résultats de ses multiples activités. Il en fut autrement de ses recherches concernant l’identification et la mesure de la déviance ainsi que de son discours au sujet de la classification des races qui donnèrent lieu à d’étroites collaborations avec les écoles de police scientifique (principalement celle de Salvatore Ottolenghi à Rome) et avec l’anthropologie raciale (un nom parmi d’autres, celui du Florentin Lidio Cipriani).

Durant la transition de l’après-guerre et la construction de la République italienne, silence et obscurité s’épaississent autour du musée Lombroso ; ce silence parle aussi bien des véritables urgences de l’historiographie italienne à la sortie du conflit mondial que de la confrontation difficile avec le XIXe siècle et ses relations avec le fascisme. C’est à partir des années 1970 que Lombroso et son musée ont recommencé à attirer l’attention des chercheurs, parallèlement à l’émergence d’une nouvelle saison historiographique, tournée vers l’analyse de l’épistémè libérale et de la fonction exercée, en son sein, par la science. Les collections d’anthropologie criminelle attirent alors de nouveau l’intérêt et font l’objet de projets de recherches visant, en premier lieu, à endiguer les dégâts causés par l’incurie prolongée, en répertoriant les objets et en étudiant leur provenance, date d’acquisition et positionnement dans l’aménagement d’origine ; en second lieu, ces projets se confrontent avec l’univers lombrosien – y compris son rayonnement international – et avec les nombreux volets de recherche qui l’ont traversé. En 2009, le musée a été complètement réaménagé et il représente actuellement le centre d’un travail scientifique important, axé sur la valorisation des collections exposées et des fonds documentaires et photographiques conservés.

Revenu sur la scène de la recherche et de la vulgarisation, le musée Lombroso n’a pas tardé à occuper aussi le débat public : devenu un symbole négatif, il a été l’objet d’attaques virulentes qui se sont succédées au cours du temps : celles du mouvement pour la fermeture des hôpitaux psychiatriques et pour la reconsidération de la nature et des origines de la maladie mentale ; celles des comités pour la réforme des prisons et pour la refonte des pratiques punitives ; celles des approches critiques à l’égard de la conservation des ‘restes humains’ et favorables à la ‘restitution’ des reliques aux cultures auxquelles elles furent soustraites (les anthropologues muséaux parlent d’objets ambassadeurs), dans un climat de dialogue postcolonial ; celles des mouvements néo-bourboniens, profondément ancrés dans les territoires de l’Italie du Sud et aussi dans les discours contre l’unité du pays prononcés par la Ligue du Nord.

Je voudrais analyser dans mon article les différentes phases qu’a traversées l’institution sous l’angle des aménagements et des usages politiques qui ont marqué aussi bien ses moments de gloire que ses moments de marginalité, en prêtant une attention particulière aux espaces qui, dans le domaine muséographique, se sont chargés d’incarner la polémique contre la collection turinoise : je pense aux sections scientifiques des expositions internationales et universelles organisées durant la seconde moitié du XIXe siècle ; aux musées d’anthropologie et de criminologie fondés ou renouvelés dans l’entre-deux-guerres ; aux musées « della mente » (de l’état mental) nés après la suppression des asiles ; aux expositions temporaires et aux musées du brigandage construits à la fin du XXe siècle. Parcourir l’histoire du musée et des controverses nombreuses dont il a été l’objet me semble pouvoir représenter une contribution au décryptage des multiples strates du palimpseste lombrosien et des raisons qui en permettent, périodiquement, une réactivation dans le présent.

 

Alice Berthon (Université de Grenoble, alice.berthon@gmail.com)

Lorsque l’amnésie de l’époque coloniale touche le musée d’ethnologie d’un ancien empire, comment y expose-t-on l’humanité ? Le cas du Musée national d’ethnologie au Japon

Au Japon, la science ethnographique se développe à la fin 19 e siècle. Au siècle suivant, le pays s’étend en Asie et l’anthropologie est appelée à participer à l’effort colonial, et notamment lors d’expositions coloniales avec des exhibitions de la population qui compose désormais l’empire japonais. Toutefois, l’institution muséale si intimement liée au développement de cette science en Occident est absente au Japon et ne voit le jour que sous la forme d’un musée national en 1974 (ouverture au public, 1977). Le Musée national d’ethnologie au Japon (le Minpaku) est alors conçu comme un musée avant-gardiste et « postcolonial » qui rompt avec les musées occidentaux. Débute alors une (re)construction sélective de l’histoire de l’anthropologie que l’on pourrait qualifier d’amnésique. La présente contribution entend s’intéresser à la fondation de ce musée, du
projet de préfiguration au renouvellement récent (années 2000) en passant par l’ouverture des premières salles en 1977. Il s’agit d’interroger la manière dont le passé est contourné et négocié pour correspondre à l’idéal d’un musée postcolonial ou du moins en situation postcoloniale et d’y aborder les limites en mettant l’accent sur l’exposition de la culture aïnoue (minorité ethnique nationale du Japon soumise à une politique d’assimilation).

 

Irina Podgorny (Museo de La Plata/CONICET, Argentina, podgorny@retina.ar)

Propone una historia de los cuestionamientos que han recibido las colecciones antropológicas del Museo de La Plata (1884, Argentina) en las últimas décadas del siglo XX y en los inicios del siglo XXI.  Analizaré, en particular, los diferentes motivos que se esgrimieron para solicitar la “devolución” de los objetos, esqueletos y cráneos indígenas guardados o exhibidos en el museo, así como los diferentes actores que movilizaron esos pedidos, la legislación aprobada al efecto y la reacción de los antropólogos tanto frente al reclamo como a la validez de conservar para los museos la colecciones osteológicas y etnográficas hechas en el siglo XIX.

Johannes Neurath (UNAM, Mexico, johannes.neurath@gmail.com)

El Museo Nacional de Antropología: templo de la nación, santuario de los wixaritari

En 1964 se inauguró el nuevo Museo Nacional de Antropología de México. Muchas veces se ha comentado que tanto el edificio como el concepto museológico son expresiones del indigenismo nacionalista del entonces partido de estado PRI. El museo sintetiza el centralismo político del régimen, el neo-evolucionismo de los arqueólogos y la historia mtica mexica

los wixaritarierukaar artesando vorstellen?ítica azteca-mexica. Mientras que el primer piso celebra las glorias del pasado prehispánico de México, el segundo piso muestra la etnografía de los grupos indígenas que “aún” sobreviven. Se entendía que la tarea de los etnólogos era “rescatar” lo valioso de estas tradiciones antes de que se asimilaran totalmente a la población mestiza mexicana. La historia de las civilizaciones prehispánicas es apropiada por el estado-nación, mientras que la agentividad de los pueblos indígenas actuales es totalmente negada. Además, los tres siglos de historia colonial brillan por su ausencia.

Desde su inauguración, el museo se ha convertido en el lugar de poder por excelencia de la nación mexicana. La Presidencia de México usa el famoso patio del museo para celebrar algunos de los eventos más importantes, para anunciar nuevos programas, para otorgar premios o para despedir atletas que parten a los Mundiales y Juegos Olímpicos. En ocasión de visitas de estado de gran importancia los banquetes se organizan justo enfrente de la Sala Mexica.

En el contexto de estas prácticas, vale la pena tomar en cuenta es que existe una tendencia de parte de comunidades indígenas de reapropiarse del museo y de los símbolos de poder del estado-nación. Algunos wixaritari se apropiaron de la famosa estatua azteca conocida como Coatlicue y la visitan anualmente para dejarle ofrendas. Originalmente, ellos fueron invitados por curadores del museo para participar en la construcción de réplicas de casas tradicionales y para elaborar artesanía, pero ellos jamás lograron identificarse con la Sala dedicada a los wixaritari y otros grupos del Occidente de México. Más bien empezaron a soñar con piezas aztecas y descubrieron que la Coatlicue era una de sus diosas. De esta manera, inviertan la expropiación oficial de la historia indígena y se apropian de la historia nacional.

 

Lucia Piccioni (Musée du Quai Branly, piccionilucia@gmail.com)

Moulages faciaux du Musée nationale d’anthropologie et d’ethnologie de Florence : des documents d’histoire naturelle, outils de propagande raciste pendant le fascisme, qui ont sombré dans l’oubli.

Le Musée d’ethnographie et d’anthropologie de Florence conserve une collection de plus de six cents exemplaires de moulages faciaux. Ce genre d’objets, souvent présents dans les musées d’anthropologie du monde entier, répond à la volonté de classer les « types ethniques » au milieu du XIXe siècle, et de constituer ainsi un répertoire de l’histoire naturelle de l’homme, puis de l’offrir au public en faisant l’économie d’une observation in situ réservée aux voyageurs. La technique du moulage – employée depuis l’antiquité romaine par les artistes – principalement pour créer des masques funéraire à usage votif – est réhabilitée par les anthropologues pour sa faculté à constituer un document « authentique ».

C’est dans ce contexte que Paolo Mantegazza, fondateur et directeur du musée d’anthropologie de Florence, achète en 1885 cent-cinquante-quatre moulages que l’explorateur, naturaliste et ethnologue allemand Otto Finsch avait ramené de la Nouvelle Guinée, de la Polynésie, de l’Australie ainsi que de la Nouvelle Zélande. Puis cinq moulages des populations tasmaniennes réalisés par le naturaliste florentin Enrico Heyller Giglioli ainsi que trente-huit exemplaires que l’anthropologue Elio Modigliani a produit en Indonésie, viennent s’ajouter à cette collection à la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, elle s’enrichit à nouveau d’une quarantaine de masques réalisés en Lybie et en Somalie entre 1924 et 1935 par Nello Puccioni, alors directeur du musée. Le plus important corpus appartient à Lidio Cipriani qui effectue pendant les années 1930, plus de trois-cent-cinquante moulages lors de ses voyages en Afrique, en particulier en Ethiopie et en Erythrée, alors colonies italiennes conquises par le régime fasciste.

L’histoire de ces moulages et de leurs successives présentations au sein du musée florentin est quasi inédite. Si à la fin du XIXe siècle ils semblent répondre à la volonté d’étudier et de répertorier la diversité humaine, pendant les années 1930 qui coïncident avec la période fasciste, ils sont réalisés et exposés comme une supposée preuve scientifique de l’existence des « races », démonstration scellée par l’ouverture d’une salle dite des « races » en 1936.

Depuis la chute du fascisme jusqu’à nos jours, cette importante collection a progressivement été reléguée aux confins de l’histoire, d’abord rangée dans une aile secondaire du musée inaccessible au public, puis entreposée dans des cartons sous une cage d’escalier. Seuls quelques exemplaires y sont actuellement visibles : quatorze moulages de Lidio Cipriani intègrent un panneau pédagogique intitulé « La diversité est une valeur », tandis que cinq moulages de Nello Puccioni ornent des vitrines des années trente dédiées à la Somalie, où elles côtoient des objets usuels ethnographiques, sans autre contextualisation ou mise en perspective.

Cet article a donc pour ambition d’analyser les « régimes de valeur » – idéologiques, esthétiques et matériels – de ces moulages à la lumière des différentes conceptions de l’humanité et de la « race » qu’ils sous-tendent. Retracer l’histoire de ces collections et de leurs successives présentations au sein du musée permet en outre de comprendre le processus de légitimation des masques comme objets scientifiques dans l’espace public du musée.

 

Anne Lafont (Ehess, anne.lafont@ehess.fr)

Des hommes dans un musée ? Processus d’objectification du corps humain autour de 1800

Je voudrais revenir aux origines du musée que l’on peut situer au milieu du XVIIIe siècle pour comprendre comment cette institution naissante s’est donnée les moyens de penser la présence de l’homme dans ses collections d’objets naturels et d’artefacts, puis, progressivement, d’intégrer concrètement l’être humain dans cette étrange institution qui est à la fois un conservatoire, un laboratoire et une scène de représentation. Il me semble que la question historicisée de l’émergence d’un musée de l’homme, dans le sens d’un musée dont les collections sont des êtres humains (réduits, vivants, morts, naturalisés, formolisés…) doit être étudiée précisément parce qu’elle anticipe le débat entourant les fonctions et les diverses refontes des musées d’aujourd’hui, et notamment des musées d’anthropologie et d’histoire tels que le musée de l’homme et le musée de l’histoire de l’immigration de Paris, en regard du musée du Quai Branly. Aussi, je me propose d’aborder trois aspects de cette muséification de l’homme tels qu’ils ont été pensés et mis en œuvre autour de 1800 : les modalités graphiques et matérielles de réduction de l’humain pour le faire entrer dans le musée (dessins, masques mortuaires, mannequins…) ; les techniques de conservation des morts à l’image des vivants pour les étudier et les exposer (taxidermie, formol…) ; et enfin la résolution de la question de l’animation et du vivant dans le cadre extra-muséal (la réplique scénarisée de la vie de l’homme et de la femme primiti.f.ve ou monstrueu.x.se dans des lieux à cheval entre science et spectacle).