« Comment étudier les génocides? »

L’Histoire, 4 mars 2018

Entretien avec Vincent Duclert, historien, professeur agrégé (EHESS/Sciences-Po)

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Le 15 février 2018, la Mission d’étude en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse a transmis son rapport à la Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’Innovation, au Ministre de l’Éducation nationale et au Président de la République. Vincent Duclert qui préside la Mission répond aux questions de L’Histoire.

Extrait : 

L’Histoire : Quelle est l’histoire de cette Mission ?

Vincent Duclert : La Mission d’étude en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse est née d’une volonté ministérielle, celle de la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, qui, par sa lettre du 30 mai 2016 adressée au chercheur (à l’EHESS) et à l’inspecteur général que je suis, a prescrit une enquête globale sur l’état des connaissances en France relatives aux faits d’extermination et de destruction humaines. Aux génocides et aux crimes de masse, la lettre de mission ajoutait également les violences extrêmes. La Mission s’est également concentrée sur les traites et les esclavages tant modernes que contemporains.

Le principe de la Mission a été acté dès 2015 lors du colloque sur Cent ans de recherche sur le génocide des Arméniens organisé par le CSI*. Dans son discours d’ouverture dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la Ministre avait annoncé qu’une mission de ce type serait lancée. Une fois officialisée, elle a réuni 64 chercheurs et professeurs, français et de quatorze autres nationalités. Elle s’est appuyée sur l’EHESS (et en son sein le Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron), sur l’Inspection générale de l’Education nationale et sur le secrétariat général du ministère. Des moyens modestes mais réels ont permis d’organiser près d’une vingtaine de sessions plénières, des rencontres à comité plus restreint, des visites d’institutions (dont le US Holocaust Memorial Museum de Washington), soit au total plus de deux cent personnalités mobilisées (en plus des membres de la Mission eux-mêmes).

Bien que d’émanation politique, la Mission, de définition exclusivement scientifique, a fonctionné en totale indépendance, comme l’a démontré sa décision de ne pas suivre la demande de l’ancien Président de la République, François Hollande. Par son discours du 8 février 2017 au diner des Associations arméniennes de France (CCAF) à Paris, ce dernier avait pris la décision d’instaurer une « Journée nationale de commémoration de tous les génocides, crimes de guerre et crimes contre l’humanité », dont le génocide arménien, et de confier à la Mission le soin d’en étudier les modalités. Celle-ci a estimé que le risque de confusion et de saturation mémorielles était élevé et a préconisé à la place d’instituer dans les établissements et les institutions publiques une « semaine de la recherche » sur ces sujets**, susceptible de surcroît d’être adoptée par des partenaires de la France dont l’Allemagne.

Enfin la Mission a choisi, avant d’entrer dans la phase de rédaction de son Rapport de synthèse et de ses annexes de travail, d’organiser un colloque international de restitution qui s’est tenu à Sciences Po, à la Sorbonne, au CNRS et à l’EHESS les 2, 3 et 4 octobre 2017. Toutes les communications ont été filmées et ce corpus de près d’une centaine d’exposés sera mis en ligne d’ici la rentrée de septembre 2018, sur un site dédié actuellement en construction.

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A propos de l’auteur Tepsis

Le Laboratoire d’Excellence (LabEx) Tepsis se donne pour objet la diversité des modes d’intervention du politique dans la Cité et dans l’espace des sociétés. Il se propose de relier l’analyse des modes de gouvernement des sociétés modernes et contemporaines et celle des pratiques sociales qui transforment les formes d’organisation et de régulation des activités humaines. Tepsis rassemble des chercheurs et des équipes appartenant à 14 Unités Mixtes de Recherche associées au CNRS, toutes évaluées A+ et A par l’AERES, et au centre de recherche de l’ENA.