Retour sur les récentes interventions de Didier Fassin, médecin, anthropologue, directeur de recherche (CNRS/EHESS) :


Didier Fassin : « Sauver des vies est devenu illégitime et condamnable »

Libération, 2 février 2018

Entretien avec Didier Fassinfassin

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d’emploi critique», l’anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n’accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

Extrait : 

Didier Fassin : « La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu’elle est débordée par d’autres raisons – à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d’un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c’est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l’heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l’encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l’humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.

Re-lire l’intégralité de l’article


« Il faut  considérer les migrants

comme des figures centrales du monde contemporain »

Le Nouveau Magazine littéraire, 31 janvier 2018

Entretien avec Didier FassinMigrants FassinLa vie d’un réfugié vaut-elle autant que celle d’un Français ou d’un Américain ? A priori, oui. Mais la réalité est toute autre, comme le démontre l’anthropologue Didier Fassin dans son dernier essai.

Extrait de l’entretien : 

LNML : Vous confrontez dans votre essai l’approche philosophique de la vie, selon laquelle toutes les existences se valent, aux résultats d’enquêtes anthropologiques où le concept apparaît pluriel et fortement inégal. Comment expliquez-vous cette tension ?

Didier Fassin : Lorsqu’on s’interroge sur la vie, on est à la fois confronté à l’immensité du concept et à la polysémie du mot. J’ai tenté de nouer cette tension entre deux grandes orientations : la « vie biologique », celle qui commence avec la naissance et se termine à la mort, et concerne tous les vivants, et la « vie biographique », au sens où elle est constituée d’évènements, que l’on peut raconter et auxquels on donne un sens. Le philosophe et médecin Georges Canguilhem distingue ainsi le participe présent et le participe passé du verbe vivre : le vivant et le vécu. Pendant deux mille ans, les philosophes ont tenté de les penser ensemble. Mais depuis un siècle, ces deux voies ont bifurqué. D’un côté, les sciences de la vie ont cherché à aller de plus en plus loin dans la compréhension du vivant à travers notamment l’exploration du génome, noyau ultime de la question de l’identité d’un individu, jusqu’à la vie qu’on cherche sur d’autres planètes. On est ici sur une réduction biomoléculaire de la vie. D’un autre côté, les sciences humaines mais aussi la littérature ont développé un tout autre chemin, celui de la vie vécue et racontée. Partant de ce constat, j’ai tenté de voir s’il était possible de renouer ces deux conceptions de la vie, de reconstituer une sorte de puzzle avec ces fragments de vie, d’où ma référence au roman de Georges Perec, La Vie mode d’emploi. Le paradoxe que j’essaie de montrer est qu’il s’est produit dans nos sociétés contemporaines un mouvement par lequel la vie biologique a pris le pas sur la vie biographique….

Re-lire l’intégralité de l’article.


« Didier Fassin et des vraies vies »

France inter, lundi 8 Janvier 2018

Didier Fassin, anthropologue, directeur de recherche CNRS/EHESS est l’invité de Laure Adler dans « L’Heure bleue »

Didier Fassin France inter

Penser et agir de telle sorte que puisse s’inventer un nouveau mode d’emploi pour une vie plus juste : telle est la tâche à laquelle Didier Fassin s’attache. Pour ce faire il s’appuie sur ses propres enquêtes de terrain, à travers le monde, comme sur son savoir et sa pratique médicale ou encore sur ses lectures, philosophiques et littéraires. Il est l’invité de l’Heure Bleue pour présenter ses deux livres « La vie : mode d’emploi critique« , et « L’ombre du monde : une anthropologie de la condition carcérale suivi de Portrait de l’ethnographe en critique » parus aux Editions du Seuil.

(Re)écouter  l’intégralité de l’interview


On en parle dans les médias :

« Le prix de la vie »

par Elodie Moreau, LaCroix du 25 janvier 2018

Le prix de la vie.jpg

Elodie Moreau lit pour nous deux ouvrages et s’interroge avec Didier Fassin et Jean-Michel Chaumont sur notre rapport à la vie et à la survie:

 

La vie mode d emploi couv.jpg

 

Didier Fassin (2018), La Vie. Mode d’emploi critique, éditions du Seuil

 

 

 

 

 

 

 

Survivre à tout prix.jpg

 

 

Jean-Michel Chaumont (2017), Vivre à tout prix?, La Découverte

 

 

 

 

 

Extrait : 

Un anthropologue et un philosophe s’intéressent à « la vie », à la façon dont nous la considérons, à la valeur que nous lui accordons. Didier Fassin et Jean-Michel Chaumont le font chacun avec un projet singulier, mais ils tournent autour d’un constat commun : la vie biologique est devenue, dans nos sociétés modernes, un bien suprême.

« Qu’est-ce que la vie ? » : Didier Fassin reprend cette éternelle question à nouveaux frais, en montrant par la forme même de son livre – qui mêle théorie philosophique et enquêtes de terrain – qu’il est impossible de s’en tenir à une réflexion abstraite, loin de ce que l’expérience des vies les plus vulnérables : migrants de Calais, femmes zimbabwéennes en Afrique du Sud, Noirs américains victimes de la police américaine… Car ces existences concrètes dévoilent nos visions du monde, nos éthiques, nos politiques – et de leurs contradictions.

« La question que je me pose n’est pas : comment vivons-nous ? ou bien : comment devrions-nous vivre ? Elle est plutôt : quelle valeur accordons-nous à la vie humaine comme notion abstraite ? Et encore : quelle évaluation faisons-nous des vies humaines comme réalités concrètes ? »

Re-lire l’intégralité de l’article.

 

A propos de l’auteur Tepsis

Le Laboratoire d’Excellence (LabEx) Tepsis se donne pour objet la diversité des modes d’intervention du politique dans la Cité et dans l’espace des sociétés. Il se propose de relier l’analyse des modes de gouvernement des sociétés modernes et contemporaines et celle des pratiques sociales qui transforment les formes d’organisation et de régulation des activités humaines. Tepsis rassemble des chercheurs et des équipes appartenant à 14 Unités Mixtes de Recherche associées au CNRS, toutes évaluées A+ et A par l’AERES, et au centre de recherche de l’ENA.