Au tout début des années soixante-dix déjà, Moses Finley faisait le constat que les usages, notamment politiques du passé, n’étaient pas chose nouvelle et encourageait historiens et « sociopsychologues » à se saisir de cet objet et à en faire « exercice historique légitime ». La notion d’usage public de l’histoire a été ensuite développée pendant l’Historikerstreit par Jürgen Habermas, pour opposer une arène savante, neutre (où l’observateur parle à la troisième personne) à une arène publique et médiatique (où chaque participant parle à la première personne) [voir Habermas, 1988]. Au cours des années suivantes, des études ont élargi cette expression. Elles ont mis en lumière en particulier la manière dont différents acteurs sociaux représentent le passé, dans le champ du patrimoine (musées, monuments, cérémonies), à l’école, dans les médias de communication de masse, parmi les associations locales, etc. [voir Gallerano, 1995, Hartog et Revel, 2001, Bensa et Fabre, 2001]. Il nous semble important d’approfondir cette perspective, évitant de rabattre la notion d’usage sur celle de manipulation ou d’instrumentalisation à des fins politiques. L’usage du passé, le plus souvent indissociable du recouvrement du passé, ne porte pas nécessairement le risque du mésusage.

En savoir plus sur le projet ici.


Agenda

 

Année 2018

7 décembre : L’humanité exposée : Musées d’anthropologie en question

EHESS, 54 bd Raspail (salle AS1_24 de 9h.30 à 13 h et la salle AS1_23 de 13 h à 18 h)

Dans cet atelier, nous proposons de réfléchir à une catégorie particulière de musée, le musée d’anthropologie, dans son rapport à l’histoire et à ses usages publics. Nous souhaitons en particulier examiner la question qui a été au centre de nombreuses polémiques ces dernières années : celle de l’exposition de l’humanité. Où et comment l’humanité a-t-elle été et continue-t-elle à être exposée ? De quelles manières squelettes, crânes, corps embaumés, photographies, moulages et autres artefacts ont-ils été et sont-ils utilisés pour rendre compte de la diversité humaine ? Le musée anthropologique est-il un lieu de renforcement des expressions des différences ? Quels ont été et sont les procédés techniques utilisés pour les faire apparaître ? Comment sont-elles érigées en objets (légitimes) de connaissance et de savoir ? Comment les populations représentées ont-elles été engagées dans les mises en scène de leurs représentations ? Et quelles questions les « collections sensibles » des espaces muséaux posent-elles aujourd’hui aux sciences sociales ?

Depuis les années 1980, la légitimité de collectionner ou de montrer les « différentes humanités » fait débat, du point de vue du droit international, mais aussi dans une opinion publique de plus en plus sensible à ces questions. Les musées ont du reste commencé à changer leur façon d’exposer, mais la question n’en demeure pas moins ouverte : est-il encore possible d’exposer des restes humains ? Comment gérer les demandes croissantes de restitutions ? À qui revient-il de juger et de trancher ces questions ?

Au carrefour de l’histoire de l’anthropologie, de la muséographie, de l’esthétique, de l’histoire de l’art, ainsi que des questions raciales et politiques, cet atelier se focalise sur l’exposition de l’humanité dans des contextes situés et spécifiques. Sans prétention à une quelconque exhaustivité sur de telles interrogations, on propose de les aborder à travers le choix de quelques musées anthropologiques en Italie, en France, au Japon, au Mexique et en Argentine.

Il s’agit d’un atelier préparatoire à la publication d’un numéro monographique de la revue Passés Futurs. Les textes seront diffusés parmi les participants avant la rencontre ; ils ne feront pas l’objet d’une présentation intégrale, mais ils seront soumis à la discussion.

Pour y participer l’inscription est obligatoire jusqu’à l’épuisement des places disponibles.

 

Programme

9h.30-9h.45 : Silvia Sebastiani (EHESS), Introduction à l’Atelier

9h.45-10h.40 : Anne Lafont (EHESS), Des hommes dans un musée ? Processus d’objectification du corps humain autour de 1800

10h.40-11h.25 : Irina Podgorny (Museo de La Plata/CONICET), Instrucciones para visitar la sala antropológica del Museo de La Plata

11h.25-11h.45 : pause-café

11h.45-12h.30 : Alice Berthon (Université de Grenoble), Lorsque l’amnésie touche les musées d’ethnologie : le cas du Musée national d’ethnologie au Japon

12h.30-14h : déjeuner

14h-14h.45 : Lucia Piccioni (Musée du Quai Branly), Moulages faciaux du Musée nationale d’anthropologie et d’ethnologie de Florence 

14h.45-15h.30 : Maddalena Carli (Université de Teramo), Patrimonialiser la déviance. Aménagements et usages politiques autour du Musée d’anthropologie criminelle Cesare Lombroso (1876-2011)

15h.30-16h : Discussion du texte écrit par Silvano Montaldo (Université de Turin et directeur du Musée Lombroso), Le mythe lombrosien, aujourd’hui

16h-16h.20 : pause-café

16h.20-16h.50 : Discussion du texte écrit par Johannes Neurath (UNAM, Mexico), El Museo Nacional de Antropología: templo de la nación, santuario de los wixaritari

16h.50-18h : Discussion générale

Avec la participation comme discutants de Pietro Corsi (EHESS), Rafael Mandressi (CNRS/EHESS), Elodie Richard (CNRS/EHESS), et de la rédaction de la revue Passés Futurs


Année 2017

 

16 et 17 octobre: Journées d’étude  « Transferencia de memoria/ posmemoria »

Lieu: Facultad de Geografía e Historia, Universitat de València

Intervenants : Hans Lauge Hansen (Université Aarhus, Copenhague), Samuel O’Donoghue (Csic, Madrid), Ulrich Winter (Université de Marbourg), Joan Oleza (Université de Valence), Sergio Sevilla (Université de Valence), Fernando Molina (Université du Pays Basque), Mari Jose Olaziregui (Université du Pays Basque), Lourdes Otaegui (Université du Pays Basque), Pio y Lasa Pérez (Université du Pays Basque), Sabina Loriga (Ehess, Paris), Luisa Tasca (Univérsité de Florence), Teresa Basile (Université National de La Plata), Valentina Ripa (Université de Salerne), Dorothée Delacroix (Université París 3), Francisco Javier Capístegui (Université de Navarra), Raquel Macciuci (Université National de La Plata), Boris Hau (Université autonome de Madrid), Teresa Pinheiro (Institut für Europäische Studien-TU Chemnitz), Sara Santamaría (Université Aarhus, Copenhague).

Modérateurs : Pedro Ruiz Torres (Université de Valence), Luz C. Souto (Université de Valence), Maria Cruz Romeo (Université de Valence).

A partir du 7 septembre: Séminaire bimensuel Usages publics du passé tous les 1er, 3e et 5e mardi du mois de 13h à 15h

Lieu: EHESS, Paris

Dans les dernières décennies, de nombreux historiens ont salué l’avènement d’une histoire post-nationale. Certains ont même vu dans l’histoire un instrument efficace pour lutter contre la montée des nationalismes et pour favoriser la formation d’une « identité » et d’une « citoyenneté » européennes et démocratiques. Déjà en 1994, l’historien John Gillis a déclaré que « pour une majorité de personnes, la nation ne constitue plus le siège ou le cadre de la mémoire si bien que l’histoire nationale n’est plus le bon critère de leur connaissance effective du passé ». Cet effort de dénationalisation de l’histoire est-il en train de réussir ? N’assiste-t-on pas au contraire, dans certains cas, à un raidissement des récits nationaux et des politiques mémorielles autour de la Nation? Nous étudierons la diversité des contextes dans lesquels ces questions se posent en Europe, en analysant à la fois le rôle des pouvoirs publics, les mouvements d’opinion et la participation – ou la non participation – des historiens aux débats publics.

Du 15 novembre 2016 au 2 mai 2017: Enseignement “Usages publics du passé” tous les 1er, 3e et 5e mardi du mois de 15h à 17h

Lieu: EHESS, 190-198 av de France 75013 Paris, Rez-de-chaussé, salle 1

Programme du séminaire


Année 2016

6 mai: Eric Michaud, à propos de Les invasions barbares, 2015

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

8 avril: Mémoires de la Deuxième Guerre mondiale en France dans les années 1990

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

1er avril (à l’EHESS): Séance autour des travaux des étudiants

Lieu: EHESS, Paris

18 mars: L’histoire enseignée: Nation, éducation, histoire

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

4 mars: Quand les historiens interviennent dans l’espace public: études de cas

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

19 février: Une affaire autour des « années de plomb » en Italie: Le cas du film La prima Linea et du film Miccia Corta

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

5 février: Temporalité totalitaire. Usages du passé et politique de l’image dans l’Italie fasciste

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

29 janvier: Les passés du fascisme

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

15 janvier: Face au négationnisme

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage


Année 2015

18 décembre: Post-modernisme et usages du passé

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

4 décembre: La « querelle des historiens »

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

20 novembre: introduction sur les usages publics du passé

Lieu: Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, ECLA, Escalier A, 2e étage

18 mai 2015: Retour sur la guerre d’Espagne. Mémoire et histoire

Lieu: Cité internationale Universitaire, Collège d’Espagne, 7E boulevard Jourdan, 75014 Paris, Salle Luis Bunuel

4 mai 2015: Echos contemporains de la Première Guerre mondiale. Enjeux de frontières

Lieu: Institut historique allemand, 8 rue du Parc Royal, 75003 Paris

14 avril 2015: Écritures de soi : lifewriting, autobiographie, mémoire

Lieu: EHESS, 190 avenue de France, 75013 Paris, Salle 1


Année 2014

6 juin 2014: Utopiser le monde

Lieu: Institut Protestant de Théologie, 83 boulevard Arago, 75014 Paris


Année 2013

20 et 21 juin 2013: Quels usages publics des Lumières ?

Lieu: Institut Protestant de Théologie, 83 boulevard Arago, 75014 Paris


Année 2012

7, 8 et 9 juin 2012: La question du trauma dans l’interprétation du passé

Lieu: Institut Protestant de Théologie, 83 boulevard Arago, 75014 Paris