« Rugby : un risque de commotion cérébrale devenu inacceptable »

The Conversation, 2 février 2018

Par Sébastien Dalgalarrondo (EHESS / IRIS)Rugby

Le Tournoi des 6 nations débute le 3 février. Va-t-on assister, encore, à des scènes aussi terrifiantes que celle du choc à pleine vitesse entre deux joueurs, le jeune Samuel Ezeala et l’une de ses idoles ? C’était le 7 janvier, dans l’U Arena de Nanterre. Resté inconscient pendant de très longues secondes, le jeune homme de 18 ans avait été évacué sur une civière, victime d’une commotion cérébrale. Il semble aujourd’hui remis, et devra patienter encore quelques semaines avant de retrouver le plaisir d’être sur le terrain.

De fait, le rugby est confronté à une « épidémie » de commotions cérébrales, qui interroge bien au-delà du milieu des professionnels. Par commotion cérébrale, on entend un traumatisme crânien dit « léger » qui, dans la majorité des cas, n’entraîne pas de perte de connaissance. Il provoque des altérations immédiates mais transitoires des fonctions cérébrales. Et suscite de fortes inquiétudes quant à ses effets à plus long terme sur la santé des joueurs.

Les rares données fiables montrent une forte progression de ces blessures au cours des dernières années. Selon la fédération anglaise de rugby (RFU), la fréquence est passée de 6,7 commotions cérébrales pour 1000 heures de match par joueur (en équipe nationale et dans la première division anglaises) durant la saison 2012-2013 à 15,8 commotions pour 2015-2016. Il est grand temps de sortir de l’état de choc, de changer les pratiques et sans doute les règles, afin d’inverser la courbe.

Un risque accru de pathologies dégénératives comme la maladie d’Alzheimer

La répétition des commotions entraîne, à moyen et long terme, un risque accru d’encéphalopathie chronique post-traumatique, et autres pathologies dégénératives du cerveau comme la maladie d’Alzheimer, selon les synthèses scientifiques les plus récentes. Le consensus scientifique établi en 2017 par les experts internationaux sur « sport et commotion » souligne cependant l’état très parcellaire des connaissances sur ses effets – notamment chez les très jeunes pratiquants. Parce que la blessure est invisible, la commotion est restée trop longtemps négligée, comme le montre cet article parlant déjà, en 2001, d’une « épidémie cachée ».

D’autres études s’intéressant à la seule catégorie des joueurs scolaires et universitaires suggèrent, malgré leur évidente faiblesse statistique, que le rugby occupe désormais un rang élevé et peu enviable dans le classement des sports à risque de commotion. Selon une analyse de la littérature scientifique publiée en 2016, cette pratique devance le hockey, mais aussi… le football américain, que le monde du rugby a pourtant longtemps considéré comme son demi-frère violent d’Amérique.

Beaucoup de recherches restent à mener pour évaluer l’efficacité des tests utilisés pour diagnostiquer une commotion, le temps de repos nécessaire après le choc et ses effets sur le long terme.

Le joueur de rugby, objet d’une expérimentation à grande échelle

En France, l’alerte a été donnée dès 2010 par le neurologue Jean‑François Chermann, responsable de la consultation Commotion cérébrale et sport à l’hôpital Léopold-Bellan à Paris. La publication de son livre KO, le dossier qui dérange, a frappé les esprits.

Mais il a fallu attendre la succession de commotions chez des joueurs professionnels internationaux réputés entre 2010 et 2012, avec l’évocation d’un risque de « démence prématurée » et de troubles mentaux, pour que le phénomène apparaisse pour ce qu’il est : une épidémie planétaire.

Ainsi le rugbyman, ce « monstre » de puissance physique, ce joueur réputé indestructible, ce gladiateur médiatique, s’est métamorphosé en être « monstrueux », dans le sens « inhumain » du terme. Il est devenu l’objet d’une expérimentation à grande échelle que personne ne semble maîtriser, ni même souhaiter….

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A propos de l’auteur Tepsis

Le Laboratoire d’Excellence (LabEx) Tepsis se donne pour objet la diversité des modes d’intervention du politique dans la Cité et dans l’espace des sociétés. Il se propose de relier l’analyse des modes de gouvernement des sociétés modernes et contemporaines et celle des pratiques sociales qui transforment les formes d’organisation et de régulation des activités humaines. Tepsis rassemble des chercheurs et des équipes appartenant à 14 Unités Mixtes de Recherche associées au CNRS, toutes évaluées A+ et A par l’AERES, et au centre de recherche de l’ENA.