Philippe Bataille est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et directeur du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Il est également membre du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin. Ses recherches ont entre autres porté sur le racisme et la discrimination, le sexisme et le féminisme, et plus récemment sur l’expérience médicale et sociale de la maladie grave. Ses travaux actuels suivent ce qu’il advient de la catégorie de sujet dans la relation médicale et de soin. Les recherches en cours suivent des situations cliniques empiriques qui suscitent de si fortes tensions éthiques qu’elles bloquent le système de la décision médicale (éthique clinique), et parfois la conduite de soin (médecine de la reproduction et en soins palliatifs).

Dernières publications :

« Vivre et vaincre le cancer » (2016, Editions Autrement)

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« A la vie, à la mort : euthanasie, le grand malentendu » (2015, Editions Autrement)

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Les thématiques de recherche de Philippe Bataille l’amènent à intervenir régulièrement dans les médias pour s’exprimer sur des questions de société. Retour sur ses principales interventions:

Retrouvez toutes les tribunes de Philippe Bataille dans le journal Libération :


« Fin de vie : Mettons fin à l’hypocrisie »

Le nouveau magazine littéraire, 26 janvier 2018

Par Philippe Bataille

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Dans le cadre des États généraux de la bioéthique, ouverts le 18 janvier, le sociologue Philippe Bataille plaide pour dépasser la sédation profonde et accorder à ceux qui le souhaitent le droit à l’euthanasie et au suicide assisté, au nom des valeurs de la République.

Extrait : 

« Le débat sur la fin de vie des Français reprend à l’occasion des États généraux de la bioéthique. C’est une très bonne chose puisque la loi Claeys-Leonetti de 2016 est un entre-deux, qui ne satisfait personne. Ni les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté ni leurs détracteurs. Pour les uns, la loi actuelle affirme le droit des patients à réclamer une mort qui s’annonce mais qui ne se réalise pas seule. Pour les autres, elle consacre l’interdit de mourir en soupçonnant, par principe, la moindre conduite active d’aide médicale à mourir. La solution retenue par le législateur est d’endormir les candidats jusqu’au trépas, couplé à une suspension d’hydratation et d’alimentation pour le rendre certain. Point d’injection létale. Pas question non plus de surdoser un sédatif dont l’effet mortel serait immédiat.

En l’état, la loi Claeys Leonetti génère du désordre. D’abord pour les médecins et les soignants, qui ne savent plus ce qui est permis et ce qui est interdit. Mais aussi pour les mourants, qui agonisent longuement. Rien n’a fondamentalement changé entre la loi Leonetti de 2005  et sa réforme, en 2016, encore en vigueur. Même chaos dans les lits d’hôpitaux, en pire.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi tant d’indécisions face au trépas que des désespérés réclament ? Que leur répondre quand ils envisagent leur mort comme une libération ? Pourquoi le droit à mourir existe-t-il ailleurs, et pas en France ? Quelles évolutions législatives attendre du débat bioéthique ? Que penser de la sédation profonde sans réveil, qui n’est pas une assistance médicale à mourir ? N’est-il pas temps de franchir une étape supplémentaire ? Laquelle ?… »

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“Voilà pourquoi les pauvres ont plus de difficultés à arrêter de fumer et ce que cela dit sur notre société”

Atlantico, 31 mai 2017

Par Philippe Bataille

arreter de fumer Bataille

Le 31 mai est la journée mondiale sans tabac. Un récent rapport commandé par l’Etat montre cependant que les récents efforts de sensibilisation en la matière se sont montrés bien vains…tout particulièrement dans les milieux les plus démunis, pauvres, jeunes et chômeurs.

Extrait : « Les fumeurs des catégories sociales les moins favorisées sont aussi nombreux que les autres à tenter d’arrêter de fumer mais ils y arrivent moins souvent » affirme la même enquête. Ces difficultés sont-elles comparables à celles qu’ont les mêmes catégories à combattre l’obésité et autres mauvaises habitudes alimentaires ? Quel est le biais commun ?… »

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… et on en parle dans les médias : Dans sa revue de presse, Nathasha Poloni revient sur l’article de Philippe Bataille (Europe1, émission Europe Matin, 31 mai 2017).

Extrait : “…Plusieurs journaux, du Parisien au Monde, citent une étude démontrant que fumer est devenu un marqueur social. Les pauvres, les chômeurs, augmentent leur consommation alors que celle des plus riches a baissé. Sur le site Atlantico, Philippe Bataille, chercheur à l’EHESS, explique ce phénomène : les pauvres n’ont ni les ressources, ni le temps, ni les moyens pour reconsidérer leurs pratiques habituelles. La capacité à saisir l’opportunité qui facilite l’estime de soi, qui permet de se penser comme un individu libre, tout cela est l’apanage des riches. Et les campagnes de prévention ajoutent à l’enfermement en culpabilisant sur le thème : vous coûtez cher. Toute une philosophie à revoir. Et des inégalités sociales à combattre…”

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“Faut-il…autoriser l’euthanasie?”

France culture (émission Du Grain à Moudre, 18 avril 2017)

on ne veut pas mourrir

Au bilan du quinquennat, à la rubrique « réformes de société », c’est le mariage pour tous qui s’impose immédiatement à l’esprit. Il est pourtant une autre réforme qui mériterait d’y être inscrite : la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie, adoptée l’an dernier.

Certes, sa portée symbolique est moindre que la loi Leonetti de 2005 sur le même sujet. Mais les changements sont loin d’être négligeables. Le texte instaure un droit à la sédation profonde et continue : autrement dit, un droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir. Il renforce par ailleurs les directives anticipées, que chacun pouvait déjà rédiger, en les rendant contraignantes pour le corps médical.

Ces changements, importants, n’ont pourtant pas clos le débat sur la fin de vie. Pour preuve, les revendications exprimées à la faveur de la campagne présidentielle. Certains candidats militent en faveur d’un véritable droit à l’euthanasie, c’est-à-dire l’administration, par des médecins, de substances entrainant directement la mort. Voire en faveur du suicide assisté, tel qu’il est pratiqué dans des pays voisins de la France. Alors, faut-il…autoriser l’euthanasie ? Philippe Bataille répond aux questions de Hervé Gardette.

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“Cancer : le pénible combat des malades pour être écoutés… et entendus par leurs médecins”

Atlantico, 13 février 2017

Entretien avec Philippe Bataille

Cancer le penible combat

Le site internet Hospitalidée s’est associé a l’institut BVA afin de donner la possibilité aux personnes atteintes d’un cancer de partager leur expérience des soins apportés. L’objectif affiché est de permettre de faire progresser l’écoute et la prise en charge des malades.

Extrait :

Philippe Bataille : « Cette volonté d’améliorer la situation entre les patients et le personnel hospitalier ne répond pas seulement à une volonté citoyenne, démocratique en aménageant des lois pour changer les choses. Il se passe quelque chose de plus important. C’est la capacité de la médecine à produire des traitements plus personnalisés au sens biologique du terme. Il faut pouvoir offrir une solution adaptée pour chacun des patients.“

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« La loi Claeys-Leonetti fait reculer les valeurs de la République »

Le Monde des idées, 25 janvier 2016

Par Philippe Bataille

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La loi sur la fin de la vie ne progresse pas en France. Les termes de cette loi sont flous à l’heure où un médecin peut laisser mourir un malade qui en a exprimé la volonté, mais ne peut pas le faire mourir, insiste le sociologue Philippe Bataille :

Extrait : « Alors que les scandales se répètent, la loi sur la fin de vie ne progresse pas en France. On y meurt mal. Tout le monde le dit, beaucoup le vivent. Qu’il n’y ait pas suffisamment de soins palliatifs n’explique pas tout, ni que la loi Leonetti de 2005 soit mal connue ou mal appliquée. Cette loi interdit l’obstination déraisonnable, et ainsi un traitement peut être suspendu ou pas entrepris si ses résultats ne font que permettre le maintien artificiel du malade en vie. Entre la loi Kouchner (2002) qui a instauré le droit de suspendre ses traitements et aujourd’hui ; Entre Leonetti (2005) et Claeys-Leonetti (2016), tout n’est que rétropédalage. Une mascarade démocratique s’organise avec des mensonges si grossiers qu’ils se voient.

2016 bafoue le droit des malades vis-à-vis de l’assistance médicale et soignante de l’existence. Le cas connu est celui de Vincent Lambert, ce tétraplégique inconscient enfermé dans son corps artificiellement maintenu en vie depuis 2008 au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims. Son expérience est exceptionnelle. Du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne à la cour européenne des droits de l’homme (CEDH), en passant par le Conseil d’Etat, ses directives anticipées ont été validées. Mais il végète toujours car ces directives n’ont pas un caractère contraignant. Sa volonté ne s’impose pas, ni à sa mère, ni à la médecine qui n’agit pas. La loi de 2016 ne le libère toujours pas, comme celle de 2005 ne répondait pas au drame Humbert qui a suscité un débat national sur l’euthanasie alors que Vincent Humbert était devenu tétraplégique, aveugle et muet suite à un accident de la route en 2000 et que sa mère a finalement provoqué son décès en 2003… »

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“Du don d’organes “automatique” à la suppression du délai de réflexion sur l’IVG : quand la facilité ou l’efficacité prennent le pas sur l’éthique”

Atlantico, 14 avril 2015

Entretien avec Philippe Bataille, Damien Le Guay et Gilles Grangé

don organe

Le projet de loi santé voté à l’Assemblée nationale en 2015 prévoit la suppression du délai de réflexion pour les recours à l’IVG et la mise en place d’un consentement présumé pour les dons d’organes. Deux mesures prises dans un souci d’efficacité mais qui n’en soulèvent pas moins des questions éthiques complexes.

Extrait:

Philippe Bataille : “…L’incroyable dans cette affaire est qu’on ne saurait imaginer le contraire, et donc se passer du consentement d’une famille alors qu’il s’agit de procéder à un prélèvement d’organe de son proche. J’imagine mal qu’il en soit autrement encore aujourd’hui, ou du moins cela ne va pas sans soulever des problèmes éthiques. Il ya toujours eu un énorme travail d’entourage et d’accompagnement des proches du donateur par les équipes médicales et de soins de la greffe. J’imagine mal qu’il en soit autrement. Il est possible que la loi aide à mieux systématiser l’approche des familles, pour autant les équipes auront toujours à faire aux familles, du moins faut-il le souhaiter…”

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“Ce que le cas Angelina Jolie nous dit de la nette évolution des objectifs de la guerre contre le cancer”

Atlantico, 25 mars 2015

Par Philippe Bataille

Angélina Jolie Bataille

Les actions de lutte contre le cancer se répartissent en deux familles : la guerre globale d’une part, indifférenciée entre les personnes, et l’approche individuelle d’autre part, fondée notamment sur l’étude des prédispositions génétiques. Cette dernière voie est médiatisée par l’actrice Angelina Jolie, qui a récemment subi une ablation des ovaires et des trompes de Fallope.

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“Comment la psychose sur les (rares) effets secondaires des médicaments et vaccins génère des conséquences toxiques bien tangibles, elles”

Atlantico, 21 aout 2014

Entretien avec Philippe Bataille et Guy-André Pelouze

psychose effets secondaires

 

La clarithromycine, un antibiotique souvent prescrit pour traiter les angines ou les bronchites, serait susceptible d’augmenter le risque de décès par arrêt cardiaque, d’après une équipe de chercheur danois. Ces derniers ont eux-mêmes précisé que ce risque était extrêmement faible, mais trop tard, le mal est fait : la peur panique peut commencer…

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“Pourquoi les gens intelligents sont les pires patients pour les médecins”

Atlantico, 11 aout 2014

Entretien avec Philippe Bataille

Pourquoi les gens intelligents

Steve Jobs, célèbre fondateur d’Apple, diagnostiqué d’un cancer du pancréas, a pourtant refusé une opération chirurgicale qui aurait pu lui sauver la vie et a préféré se tourner vers la physiothérapie. Il ne serait pas le seul : les patients au capital culturel élevé seraient beaucoup plus enclins à refuser des soins. Il s’agirait pour eux d’une manière de se réapproprier leur existence et leur pouvoir de décision.

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Philippe Bataille : « Face à l’agonie, les principes moraux ne suffisent plus »

L’Humanité, 18 juin 2014

 


Euthanasie : « Ce faux-semblant ne peux plus tenir »

L’Obs, 31 août 2013

Entretien avec Philippe Bataille

euthanasie

Philippe Bataille, directeur d’études à l’EHESS, a signé la pétition en soutien à Nicolas Bonnemaison, soupçonné d’euthanasie active sur huit patients. Interview.

Extrait :

L’Obs : Un médecin doit donc pouvoir délivrer la mort ?

Philippe Batalle : Oui. Seule la médecine en tant qu’institution est en capacité de le faire. Les études de l’INED montrent qu’il y a des tas de situations opaques. Ce faux-semblant ne peut plus tenir. La médecine s’est imposée l’interdiction de donner la mort, c’est elle-même qui a produit la situation dans laquelle on se trouve aujourd’hui. L’affaire Bonnemaison interroge en cela aussi : ce sont des situations où on n’a pas laissé la mort intervenir avant. Nicolas Bonnemaison se retrouve au bout de la chaîne d’une somme d’inconséquences, de surimplications de la médecine, qui créé cette fin de vie inextricable où le seul traitement offert pour l’instant est un plateau de l’agonie, en soins palliatifs, dans l’attente de la mort ou dans la suspension d’alimentation et d’hydratation pour la hâter. Et pour ce qui est de la sédation, un patient n’a pas forcément envie de partir « dans le potage ». Il faut envisager un geste létal. Mais depuis la loi Léonetti, c’est le même protocole qui s’applique, celui qui consiste à accompagner la mort sans impliquer ni engager l’identité médicale…

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« Les malades sont culpabilisés de vouloir hâter leur propre mort »

Le Monde, 19 septembre 2012

Entretien avec Philippe Bataille

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Dans son ouvrage « A la vie, à la mort. Euthanasie, le grand malentendu », le sociologue Philippe Bataille dénonce la dérive des soins palliatifs : selon lui, la demande d’en finir de certains patients est niée. C’est un texte coup de poing qui devrait secouer les médecins et soignants des soins palliatifs. Sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Philippe Bataille publie, mercredi 19 septembre, A la vie, à la mort. Euthanasie, le grand malentendu (Autrement, 128 pages, 12 euros). Ce récit est le fruit de plusieurs années d’observation dans une unité de soins palliatifs de la région parisienne.

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Dans cet ouvrage émaillé d’exemples poignants de patients en fin de vie, Philippe Bataille dénonce ce qu’il appelle le « palliativisme », soit le déni, par les médecins des soins palliatifs, de la demande de mort qui hante parfois leurs services. Alors que François Hollande a demandé au professeur Didier Sicard, ancien président du comité d’éthique, de réfléchir à la possibilité d’aller plus loin que le cadre législatif actuel, le sociologue souhaite replacer le débat sur le seul terrain qui vaille à ses yeux : celui du respect du consentement des patients, au nom du droit des malades à disposer d’eux-mêmes.

 

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On en parle dans les médias:

Libération, 10 octobre 2016), par Eric Favereau : Critique de l’ouvrage « Vivre et vaincre et cancer » à retrouver ici.

 

A propos de l’auteur Tepsis

Le Laboratoire d’Excellence (LabEx) Tepsis se donne pour objet la diversité des modes d’intervention du politique dans la Cité et dans l’espace des sociétés. Il se propose de relier l’analyse des modes de gouvernement des sociétés modernes et contemporaines et celle des pratiques sociales qui transforment les formes d’organisation et de régulation des activités humaines. Tepsis rassemble des chercheurs et des équipes appartenant à 14 Unités Mixtes de Recherche associées au CNRS, toutes évaluées A+ et A par l’AERES, et au centre de recherche de l’ENA.